La marche pour l’eau

Humeur actuelle : on va avoir soif

Au Pérou, des milliers de paysans marchent « pour l’eau », menacée par un immense projet minier

 « Sans or, on vit. Sans eau, on meurt », ont scandé, vendredi 10 février, les manifestants réunis dans le centre de Lima, la capitale péruvienne. Etudiants, paysans, producteurs et ouvriers… plusieurs milliers de personnes se sont jointes à la « Grande Marche pour l’eau » lancée dix jours plus tôt à Cajamarca, dans le nord du pays, par quelques centaines d’agriculteurs. « Nous sommes partis des lagunes de Celendin, à 4 000 m d’altitude, et sommes venus jusqu’à la capitale pour les défendre », explique Deodocio Vargas, un des dirigeants du village de San Marcos, visiblement éreinté au terme d’un périple de 870 kilomètres.

Comme un grand nombre d’habitants de Cajamarca, ce père de famille se bat depuis début novembre 2011 pour que soit annulé le projet Conga, une immense mine d’or et de cuivre qui prévoit d’assécher trois grandes lagunes de Celendin et de les remplacer par de larges réservoirs. Un projet inacceptable aux yeux des habitants de la zone qui craignent pour l’écosystème de la région. « L’Etat doit déclarer le projet Conga non viable car il est situé à la source des eaux qui alimentent trois bassins de la région et va détruire nos lagunes », argue Nelida Ayay, une jeune agricultrice de Porcon(Cajamarca), plus déterminée que jamais à « poursuivre la lutte » alors que le conflit s’enlise. De son côté, le gouvernement souligne que l’activité minière représente 59 % des exportations du pays.

Vendredi, les manifestants de Cajamarca ont reçu le soutien de nombreuses communautés des Andes, de la côte pacifique et d’Amazonie. « Nous sommes tous là pour une cause commune : l’eau », explique Rosendo, un agriculteur de Santiago de Chuco (Andes) venu « défendre les sources hydriques que la mine pollue ». A peine âgé de 19 ans, Lider Rosas a, lui, voyagé pendant trente-six heures pour manifester à Lima. « Nous ne voulons pas de mine dans notre région. Nous avons besoin d’eau », affirme le paysan d’Otuzco.

« Une sorte d’Etat autiste »

« Une multitude de gens nous ont rejoints car ils approuvent les objectifs de la marche : faire de l’eau un droit de l’homme reconnu par la Constitution et interdire dans tout le Pérou l’activité minière à la source des eaux », estime Milton Sanchez, le président de la plate-forme interinstitutionnelle de Celendin, à l’origine du mouvement social contre le projet Conga.

Alors que plus de la moitié des conflits sociaux au Pérou sont aujourd’hui d’origine environnementale, Conga, qui est considéré comme l’investissement minier le plus important de l’histoire du pays – 4,8 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) sur dix-neuf ans -, est devenu en quelques mois une lutte emblématique.

« C’est la première fois dans l’histoire nationale qu’un conflit environnemental fait chuter l’ensemble d’un gouvernement comme cela a été le cas en décembre », souligne José De Echave, ancien vice-ministre de l’environnement qui fit partie à l’époque des démissionnaires afin de marquer son opposition à la politique de l’exécutif favorable à l’entreprise minière.

Pour M. De Echave, Conga a mis au jour les failles de l’Etat péruvien : « Un Etat absent, centralisé, une sorte d’Etat autiste qui n’écoute pas ses régions. » Or, ajoute-t-il, « un peuple indigène sans terre ou eau, c’est un peuple qui n’a plus de raison d’être ».

Chrystelle Barbier

© Le Monde.fr | Article paru dans l’édition du 12.02.12

Si j’avais le cran, j’irais de suite.

Photo du blog Celendín Libre
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